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Histoire
des Arts
Représentation théâtrale au théâtre de la butte, à Cherbourg . Richard III, une pièce de Peter Verhelst, mise en scène par Ludovic Lagarde.
Au début, j'avais imaginé voir la pièce originelle de William
Shakespeare : longue , classique , avec des costumes d'époques, des tirades lyriques... etc. En effet, le titre de cette réécriture contemporaine est exactement l'homonyme de celui de Shakespeare.
En réalité, je me suis vite aperçue que seule la trame principale de l'histoire avait été sauvegardée...
J'ai toujours aimé les réécritures d'œuvres hybrides. Bien qu'inscrite^ dans un contexte
historique précis, leur adaptation parfois surprenante permet
d'en souligner certains aspects en particulier . Ces nouvelles adaptations
sont, selon moi, une manière de prouver
l'universalité d'un thème, qui malgré les époques reste toujours d’actualité. Ici : la recherche du
pouvoir absolu.
Ainsi, l'ascension déloyale de Richard III au
pouvoir fait étrangement échos aux régimes totalitaires. En effet, celui-ci est prêt à tout pour accéder au trône d’Angleterre, et n'hésite pas à éliminer ses opposants ou autres candidats à la couronne (comme le faisait Staline par exemple). Le personnage
de Richard apparaît alors impulsif,
fougueux, parfois angoissé, et sans cesse en train
de se questionner. D'autres allusions, notamment au régime nazi sont aussi à noter. Le « salut » et les cris
d'acclamation des sujets pour Richard, rejoignent alors beaucoup ceux des fascistes.
Richard parle beaucoup de pureté et d'utopie politique. Ludovic
Lagarde, le metteur en scène, explique que la
volonté extrême de pureté absolue est souvent caractéristique des plus grands
dictateurs. On remarque en effet que le personnage de Richard cherche en
permanence à « rester pur ». C'est pourquoi il porte des gants et n'a jamais aucun rapport
tactile direct avec les autres ... pas même avec sa future épouse, Anne, qui s'offre pourtant entièrement à lui.
Dans cette scène, Anne apparaît alors entièrement nue. Cependant il
ne lui apporte aucun intérêt et l'ignore même ... Cette coupure
chercherait peut-être à montrer de façon encore plus poignante
l'aspect froid, glacé, presque inhumain du
personnage de Richard III.
Cette notion d'un idéal de pureté est à opposé au vocabulaire assez cru et charnel de la pièce. En effet, même si Richard n'a aucun
contact physique avec les autres, l'ensemble des discours de la pièce met fortement l'accent sur un vocabulaire organique , pouvant
presque susciter le dégoût.
Par ailleurs, d'un naturel plutôt comique, le personnage
de Richard rompt par moment la barrière entre l'espace scénique et l'espace réel, et entraine alors
une connivence avec le spectateur. Par exemple, lorsque l'ancienne reine apparaît sur scène, il prononce les mots « qui-est-ce? » en s'adressant au public.
En entrant dans la salle, j'étais intriguée par le décor : deux grandes voûtes orangées d'un palais à l’oriental, un lit à baldaquin, quelques marches
d'escalier et un trône surélevé. Il n'y avait que très peu d'éléments de décor, ce qui mettait d'avantage en valeur le jeu impressionnant et les déplacements des acteurs. Ceux-ci étaient vêtus de façon moderne, dans des tailleurs, vestes et pantalons de couleurs froides (vert, bleu ou encore violet) qui
tranchaient alors parfaitement avec le décor de tons chauds.
La base principale de la mise en scène reposait sur l'effet
de surprise. En effet, un monologue long, terne et monocorde était souvent interrompu
par une
entrée fracassante de l'un des personnages, une intonation
de voix surélevée ou encore un effet
sonore des plus surprenant. L'attention des spectateurs était donc constamment maintenue en
éveil.
Cet impressionnant spectacle m'a donc beaucoup marqué, tant par la mise en scène que par la force des dialogues. Même s'il fallait bien connaître l'arbre généalogique de cette grande lignée royale, les petites incompréhensions n'enlèvent en rien la grandeur de la pièce et l'incomparable harmonie qui s'en dégageait. Cette réécriture, tout aussi originale que surprenante, élève le personnage de Richard III au même stade que les tyrans contemporains de notre époque. Par là, elle réinscrit cette histoire dans un autre contexte, plus vaste , et à visée universelle.
