LE VIOL DE LUCRECE
Pièce de Chakespeare avec un texte de St Thomas D'Aquin
Mise en scène par Marie-Louise Bischofberger
Texte de Chloé, Marion, Florian et Charlotte, élèves de terminale "histoire des arts"

Texte de Chloé
Nous sommes rendus le jeudi 30 Novembre 2006 au théâtre de la Butte pour assister à une représentation du viol de Lucrèce (mis en scène par Marie-Louise Bischofberger).
Cette pièce est une adaptation du poême du même nom de Shakespeare traduit par le poète français Yves Bonnefoy. Il raconte le célèbre ‚épisode antique du viol de Lucrèce, vertueuse et belle dame romaine, par Sextus Tarquin, fils du roi Tarquin le Superbe. La jeune femme, désespérée d'avoir ployé devant son agresseur se suicidera en présence de son père et de son mari après leur avoir tout expliqué. Leur vengeance les amènera à détrôner le roi mettant ainsi fin à la monarchie qui sera remplacée par la république. Le poême de Shakespeare faisait dialoguer les deux protagonistes tour à tour, et comportait aussi de longs monologues. Comme dans de nombreux drames, l'accent était mis sur les sentiments intérieurs des personnages et leurs hésitations, doutes, douleurs, bref sur leur esprit torturé.
D'autres personnages (nourrice, coursier, . . . ) intervenaient également pour servire le déroulement de l'histoire. La mise en scène ne comportait que deux acteurs. Au tout début, nous sommes dans une époque contemporaine. Puis intervient un « tu veux que je te raconte une histoire ? » et les comédiens rentrent ensuite de plus en plus dans le rôle de leurs personnages. La scène était nue avec quelques objets symboliques disposés ça et là (morceau d'armure, bouclier, bassine, ...) et, à droite un grand casier moderne, une table et une radio. La jeune femme à son arrivée tend un grand drap sur un carré de bois monté sur roues et transforme ce radeau en lit, lieu central du drame. Elle porte une grande et très belle robe blanche constituée d'une longue bande qui servira de laisse à Lucrèce pendant sa confrontation avec Tarquin.
L 'homme est habillé‚ sobrement, en costume noir, ils boivent un verre. Lucrèce changera deux fois de costume: après son viol il revêtira une robe noire puis un ensemble assez masculin. Au poême de Shakespeare s'ajoutait en plus un texte de Saint Augustin, philosophe du IVe siècle, sur le suicide; il venait ensuite une courte explication sur les conséquences historiques de cet épisode. J'ai bien aimé cette pièce.
Le poême comme il fallait s'y attendre était magnifique, même si en terme de beauté j'avais préféré le drame de John Ford -lui aussi dramaturge Elisabéthain- vu l'an passé. La nudité de la scène ne m'a pas gêné car elle était compensée par le dense et très bon jeu des comédiens. J'ai particulièrement aimé Pascal Bongard dans le rôle de Tarquin. Par contre je trouve dommage d'avoir inséré des « interludes » comiques qui viennent injustement casser l'atmosphère noire de la pièce. Il est intéressant de penser que le texte a été traduit par un autre poète, et cela pousse à s'interroger sur la dimension personnelle de cette traduction.

Texte de Florian
.Lucrèce décide de ne pas mettre fin à ses jours tant que ce « vaillant guerrier » n'aura pas été puni pour son crime. L' enjeu étant, lors d'un viol, de mettre la femme en victime et l'homme en bourreau. Cela nous paraît maintanant normal, bien que les tabous sur le viol aient été levés, il n'y a pas si longtemps que cela. Il est bon de rappeler qu'il fût un temps où le viol était une véritable honte pour les femmes. En effet, lorsqu'une femme était violée, c'était elle la fautive, c'était elle qui avait offert son corps; pas l'homme qui en abusait. Mais Lucrèce, ayant gagné sa bataille contre Tarquin, se suicida en sachant qu'un grand cap était franchi pour les droits, les libertés et l'intégrité des femmes.

Texte de Charlotte
Les effets de lumière étaient sobres. Ils avaient pour rôle de mettre les comédiens en valeur lors de leurs monologues et se limitaient au noir et blanc. Il spermetaient également de mettre en avnat une certaine atmosphère à la pièce. Au début par exemple , elle était intimiste lorsque le couple complice poursuivait sa soirée dans son chez-soi. La lumière était discrète et se faisait presque invisible, le spectateur n'y portait pas d'attention. Ell était plus remarquable par son absence, lors du viol et du suicide de Lucrèce. Le noir écartait ainsi tout voyeurisme et laissait place à la pudeur.
...Elle portait une robe blanche au jupon très ample au début de la pièce. Elle étaitcomposée d'un assemblage de bandelettes qui furent peu à peu déroulées par Tarquin. Cette robe a été remplacée par une autre robe, noire cette fois-ci et largement ouverte sur le devant. L'opposition symbolique des deux couleurs ( le blanc pour la pureté, l'innocence... et le noir pour le deuil, les ténèbres...) était peut-être un peu facile.
...J'ai été particulièrement intéressé par un aspect de la pièce. Tarquin jusifie son viol en disant, en subtance, à Lucrèce : « De toute façon, vous étiez trop belle. » De cet argument, utilisé aujourd'hui encore, découle un certain raisonnement. Le corps féminin est désirable, tentateur. Lorsque la femme montre ce qu'elle peut avoir de séduisant, cela déclanche chez l'homme un émoi qu'il ne peut contrôler et ...il la viole. Pour empècher cela, la femme est recouverte d'un voile, cloîtrée chez elle, elle ne peut sortir de chez elle sans être accompagnée. De façon moins extrème, une femme jugée trop court vêtue entraîne sur son passage, de nombreux commentaires avilissants et dont l'idée générale peut se résumer à : « Il ne faudra pas qu'elle s'étonne si ... » « Elle l'aura cherché... ». Cette façon d'agir, de penser met la femme en faute. Celle-ci est une vile tentatrice qui provoque le pauvre mâle qui ne peut s'empècher de ... De la victime, on fait encore aujourd'hui, la coupable instigatrice.

Texte de Marion
Dans l'ensemble, la pièce m'a plu car il est vrai que j'ai du mal à être satisfaite des pièces de théâtre. Le point négatif qui n'est pas directement lié à la pièce mais plutôt le fait que l'on soit au tout premier rang. De plus, la mise en scène n'était pas vraiment adaptée pour les premiers rangs sachant que certains passages se déroulaient en avant-scène notamment celui qui suit le viol de Lucrèce où elle se trouve sur le lit en hauteur et très avancée presque au bord de la scène. C' est dommage, je n'ai pas apprécié la scène comme je l'aurai pu si j'avais été quelques rangs plus hauts. J'aurai alors eu une vision d'ensemble de la scène.
Néanmoins, la pièce elle-même m'a beaucoup plu car l'histoire, malgré la tragédie de Lucrèce, est intéressante. Je l'ai trouvée explicite et compréhensible. L' année dernière, nous sommes allés voir trois pièces de théâtre dont une qui ne m'avait vraiment pas plu à savoir « Oui, dit le très jeune homme » de Gertrude Stein car c' était une pièce où l'on ne saisissait pas toujours le sens. Peut-être est ce moi qui ne l'aurais pas comprise ? J'ai pourtant trouvé que cette pièce était assez étrange.
Revenons au « viol de Lucrèce » dont la particularité est celle d'un duo de comédiens, un homme et une femme. Seulement deux personnes sur le plateau et pourtant, lorsque nous vivons la pièce, nous avons l'impression qu'il y a plusieurs personnes jouant les différents rôles. Les interprètes ont un jeu extrêmement complexe car comme je l'ai déjà dit, ils incarnent plusieurs personnages à eux seuls. Ils arrivent à rentrer petit à petit dans leur rôle surtout l'homme car il rentre dans son rôle dès la première scène. En effet, lorsqu'il commence à raconter l'histoire de Lucrèce à son amie, il incarne le personnage de Tarquin quand il met une petite partie de l'armure au bras gauche. Il intègre le personnage au fil du récit alors qu'elle, ne rentre dans le corps de Lucrèce qu'à partir de la deuxième scène, la scène cruciale de son viol.
Ce qui m'a frappé le plus dans cette pièce est la multitude de rôles incarnés par deux comédiens seulement et l'ampleur du travail de connaissance des texte. Après son viol, Lucrèce, dans un monologue impressionnant de passion, de puissance, de rage, s'en prend à tout le monde, par exemple à son mari qui n'était pas là pour la protéger, à la nuit qui était pour elle, complice de la violence dont elle a été victime. Elle devient presque sale avec ses cheveux qui lui collent au visage, une robe très ouverte, elle n'a plus sa fraîcheur du début et nous pouvons voir physiquement qu'elle a été salie par son viol. Toutefois j'ai trouvé cela un peu trop long. Mon emplacement, dans un rapport de grande proximité de la comédienne dans un état de violence m'a gênée. Mais j'ai vraiment été impressionnée par l'interprétation d'un rôle aussi violent qu'elle incarne parfaitement jusqu'à s'en défaire au moment du salut vers le public. De plus, au moment où l'homme fini son histoire, elle redevient l'amie du début tout aussi souriante et attentive au récit raconté.