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la mission Helmsman
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La
Mission Helmsman Juillet
1944 Ce
texte figure dans l'un des 22 dossiers diffusés en 1994 dans la brochure
intitulée "La Libération de la Manche 1944-1994" co-éditée par
l'Académie de Caen, le Conseil Général de la Manche, le CNDP de
Basse-Normandie et l'Inspection académique de la Manche
Le 11au soir, il
arrive au groupe de Sérouane, près de Saint-Hilaire-du-Harcouët, accompagné
de deux Résistants de Fougerolles, Julien Derenne et Jules Linais, et de celui qui sera son second et son garde du corps,
Julien Lamanilève. C'est alors qu'il explique au groupe réuni l'objectif de sa
mission, la plus audacieuse et sans doute l'une des plus importantes de la Résistance
dans le secteur : faire partir du Mortainais des équipes de volontaires qui
devront remonter vers le front en recueillant tous les renseignements possibles
sur les troupes allemandes, leur équipement, leurs éventuels abris, puis
traverser le front par n'importe quel moyen pour donner ces renseignements au G2
(service de renseignements) de la Première Armée américaine.
Avec René Berjon, « Emile », responsable.
F.F.I. pour le sud de la Manche, il installe le Q.G. de l'opération à La
Mancellière, dans la ferme des Hersandières tenue par la famille Bagot. A
cette époque de l'année, les travaux de la moisson exigent beaucoup de
personnel, et les Allemands ni les habitants du village ne s'étonnent de
constater plus d'allées et venues que de coutume. C'est après la Libération
seulement que les habitants de la commune comprendront ce qui s'est passé à
la
ferme Bagot. Eric n'a que peu d'équipement avec lui. Il possède deux postes récepteurs miniature, qui lui permettent d'entendre les «messages importants pour le petit gros», selon son indicatif codé. Quant aux messages pour Londres, on doit les faire passer par Claude de Baissac qui, à SaintMars-du-Désert (Mayenne), est le seul possesseur d'un poste émetteur dans le secteur. Eric ne porte jamais d'armes, bien qu'il en possède, et fait toujours porter ses messages par des relais
Les
départs En
quelques jours, 31 volontaires furent recrutés et envoyés vers le nord, par équipes
de deux. Quatre seulement échouèrent dans leur tentative de franchissement du
front, et un disparut. Les premiers groupes étant partis dès le 12 juillet,
les derniers arrivèrent dans les lignes de
la Première Armée américaine le 27 juillet, juste après le déclenchement de
l'opération Cobra. Chaque
équipe était autonome et pouvait improviser son itinéraire en fonction des
circonstances. Quelques
exemples
d’itinéraires -
André Debon et Georges Navier, partis le 12 de Sérouane, sont
arrivés le 18 juillet à Portbail, ayant couvert 70 km à pied et environ 40 en
doris. La première journée les conduit à SaintLaurent-de-Cuves, chez la mère
d'A. Debon ; la seconde à Villedieu ; la troisième à Hambye et la quatrième
à Camprond. La densité des troupes allemandes devient alors forte, et les deux
hommes ont de plus en plus de mal, en dépit de leurs (faux) papiers, à faire
admettre leur prétendue identité de professeurs techniques à l'Arsenal de
Cherbourg, repliés à Gouville. Ils obliquent vers la côte et arrivent le
cinquième soir à Agon. Des amis organisent leur départ par mer de Blainville, et dès le 17 au soir trois doris sont prêts à embarquer six personnes chacun; ce sont, outre les pêcheurs propriétaires et pilotes des doris, du personnel de la Croix-Rouge, des aviateurs américains évadés ou cachés, et divers civils. Parmi eux était Fernand Lechanteur, Agonais spécialiste de culture normande, qui sera plus tard proviseur des lycées de Saint-Lô et Caen et qui, dans l'immédiat, se disposait à s'associer, comme interprète, aux unités de l'armée anglaise. De minuit à deux heures, on porte les bateaux sur le dos ou on les traîne sur le sable, non sans quelques alertes. Puis, les doris étant à flot, une sévère tempête se déclenche; il leur faudra, avec deux paires d'avirons par doris, dix heures pour atteindre Portbail, où ils arrivent à midi, le 18 juillet. Ils sont alors conduits au Q.G. de la Première Armée, à Neuilly-IaForêt, où le colonel Runkle, officier du G2, les interroge à plusieurs reprises et pendant plusieurs heures à chaque fois. -
Partis de Saint-Hilaire, André Pasquier et Emile Bazin traversent
le territoire occupé par la division Das Reich. Ils en repèrent l'état-major,
qui sera bombardé dès qu'ils l'auront signalé aux Américains. Arrêtés par
les Allemands et interrogés, ils s'évadent à la faveur d'une alerte. -
René Jumel envoie trois de ses amis prendre des instructions à La
Mancellière et, par des voies différentes, ils se retrouvent entre Coutances
et le havre de la Sienne. Remontant vers le nord, ils tentent, cinq jours
durant, de traverser le havre de l'Ay à SaintGermain et y parviennent enfin
pendant une pause d'artillerie. -
Jean Vauzelle et Willy Rockers, partis d'Avranches le 15 juillet,
seront quatre fois arrêtés et, à chaque fois, parviendront à se libérer et
s'enfuir. Ils se cachent finalement dans Saint-Lô bombardée, où une patrouille américaine les recueille. - A Saint-James, André Rouault, responsable de
LibéNord part avec Mariette Rabecq vers Agon. Dans la région de
Trelly, ils rencontrent Etienvre qui, lui, restera dans ce secteur sans
passer les lignes. Leur collecte de renseignements est bonne, et leur passage
par mer est prêt, mais le doris surchargé ne peut affronter les vagues. Ils partent donc à pied vers Lessay, d'où ils refluent avec les troupes
allemandes en débâcle. Ils sont finalement rejoints par les Américains à
Blainville. - Parti de Saint-Hilaire, Victor Pelé est
arrêté entre Percy et Villebaudon, et condamné à être fusillé. Il entonne
alors à tue-tête une vieille chanson folklorique et les Allemands,
interloqués, l'épargnent. Il s'enfuira plus tard et rejoindra les
Américains. - John Letellier et Robert Delannée longent tout le
front de Saint-Lô à Lessay, échappent à la fusillade grâce à la
mansuétude d'un officier et franchissent l'Ay à Saint-Germain. Leur parcours
leur a fait collecter une quantité considérable de renseignements. - Roger Monnerie et Armand Guillarmic, tous
deux instituteurs, remontent jusqu'au front et se dissimulent au MesnilHerman,
près de La Croix-à-laMain, où ils observent méthodiquement les mouvements
des troupes allemandes. Ils y sont rejoints par l'armée américaine. - Emile Dejonc, né au Tonkin et
évadé du stalag VIII-C en décembre 1940, passe par SaintAmand. Au-delà, on
ne sait plus rien de lui. Il est le seul, sur les 31, à avoir disparu. Des renseignements de grande valeur Il s'est
avéré, par la suite, que les renseignements fournis par les volontaires de la
mission Helmsman avaient été d'une importance capitale pour la réussite de la
percée qui a suivi l'opération Cobra. Le général Patton ne se serait sans doute pas engagé aussi
follement dans sa descente vers Avranches s'il n'avait eu la certitude que
devant lui les Allemands ne dressaient aucun retranchement défensif, que leurs
troupes étaient en débandade et ne disposaient que de transports de fortune.
Par ailleurs, la mission avait permis de localiser les objectifs importants, qui
furent systématiquement bombardés. Une mission capitale... Par ailleurs, elle prouva aux Américains que les
Résistants constituaient une force sérieuse, qui pouvait leur être utile. De
sceptique qu'elle était auparavant, leur attitude devint plus ouverte; une
coopération étroite s'instaura alors, les Résistants jouant le rôle
d'éclaireurs, guides et conseillers auprès des Américains. ...et stratégique
Enfin, la mission Helmsman démontra aux Américains la faible utilité des
bombardements systématiques. Le colonel Powels, officier responsable du G2, le
déclara à Julien Lamanilève : - «Sans vous, villes et villages auraient
été systématiquement bombardés. Les renseignements ont été d'une valeur
inestimable: ils ont épargné des centaines de vies de soldats américains, et
nous ont permis d'avoir plusieurs jours d'avance sur le plan prévu.» Quant à l'historien anglais Foot, il relève dans S.O.E. in France,
que « l'armée
américaine jugea
de valeur exceptionnelle» le travail réalisé par Eric et ses volontaires.
Aujourd'hui, la mission Helmsman est mieux connue
des historiens anglais et américains, qui possèdent la documentation
nécessaire, que de leurs collègues français. A La Mancellière, une simple inscription sur le mur
de la ferme des Hersandières rappelle que de là partit une des opérations les
plus audacieuses de la Libération. |