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Letellier, Léon (1859-1926)
Léon Letellier était originaire de Servigny, dans le canton de Saint-Malô-de-la-Lande, d'une
famille de modestes cultivateurs, et il travailla à la ferme
pendant ses premières années. Il se sentait attiré par une vie
différente et à 17 ans, il décida soudainement de s'embarquer à
Granville sur l'Elisa, un des nombreux bateaux qui à cette époque
faisaient chaque année sur les bancs de Terre-Neuve la pêche à la
morue.
Il fut d'abord novice et connut au cours de deux campagnes
successives la dure existence des terre-Neuvas, comme décolleur,
trancheur ou énocteur pour préparer la morue en vue du
salage.
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Trois mâts morutier sur les Bancs
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En pêche
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| En 1876, lors de sa
première campagne de pêche, les bateaux n'avaient que des
installations très sommaires, aucun confort, pas
d'infirmerie. Léon Letellier a raconté tout cela dans un
livre paru en 1905 (1), sans nom d'auteur avec une préface de
celui qui était devenu son ami, Paul Desjardins.
De retour à son village, à 19 ans, il fut admis au
Lycée de Coutances comme surveillant, et malgré son
âge, comme élève. Reçu bachelier, il devint
répétiteur dans d'autres lycées et y prépara la licence de
philosophie. Professeur au collège de Dôle, de la Flêche,
puis d'Avranches pendant deux ans.
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L'Union pour l'Action morale
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Il se fixa à Paris où il devait passer sa licence es
lettres philosophie et fonder le 11 janvier 1893 avec
le philosophe Jules Lagneau (2) et le journaliste Paul
Desjardins " l'Union pour l'Action morale" qui deviendra après sa prise de position en
faveur de Dreyfus, « l’Union pour la Vérité ». Celle-ci se propose de
"discuter
des événements politiques, des faits de société et des problèmes religieux avec
une droiture intellectuelle et une énergie morale recouvrées, propres à servir la
démocratie et la paix".
Jules Lagneau laissa une profonde empreinte sur Léon
Letellier, et lorsque Lagneau dut interrompre son enseignement
au lycée de Vanves, en raison d'une longue maladie en 1893,
c'est Léon Letellier qui assura son cours aux candidats de l'Ecole
Normale Supérieure.
Léon Letellier se maria le 23 août 1894 avec Célestine
Mosnier-Chapelle, professeur de Lettres classiques. Ils
créèrent tous deux une maison d'éducation privée. Cette
pension devint le rendez-vous de nombreuses personnalités
jusqu'en 1910. Des raisons de santé les obligèrent à
renoncer à Paris, pour une existence au grand air. Il fit
l'acquisition de la terre de la Martinière à
Saint-Mâlo-de-la-Lande et s'y fixa comme laboureur et
éleveur de boeufs. Parfois ses ancien élèves devenus
étudiants venaient passer quelques jours à la Martinière.
Paul Desjardins (1859-1940) Il est né à Paris dans une famille d’universitaires, condisciple
de Jean Jaurès et Henri Bergson à l’École normale supérieure,
agrégé
de Lettres. Il fait, en 1884, ses débuts journalistiques et littéraires dans
la Revue Bleue où un brillant avenir lui est prédit. En 1892, il rédige son
premier ouvrage, Le devoir présent puis il fonde avec l’aide d’une dizaine d’amis
« l’Union pour l’Action morale ».
En 1906, Paul Desjardins, qui a épousé dix ans auparavant Marie-Amélie Savary, achète l’ancienne
abbaye cistercienne de Pontigny pour y développer les activités de l’Union. C’est ainsi que débutent
les célèbres « décades de Pontigny ».
De 1910 à 1914, puis de 1922 à 1939, les " décades " de Pontigny, de renom international, furent liées aux débuts et
au développement de la Nouvelle Revue Française.
Pendant dix journées (décades), chaque année, de nombreux personnages,
célèbres ou moins célèbres s'entretenaient et discouraient sur des sujets littéraires, philosophiques ou religieux.
Chaque jour, un écrivain, un universitaire, un scientifique traitait un sujet tel : le droit des peuples, éducation
et travail, tel nouveau courant littéraire, la place de la religion dans la vie d'aujourd'hui, la pensée française, etc.
Des thèmes politiques y furent souvent abordés,
notamment en faveur de la coopération européenne. On put y
voir de nombreux écrivains : André Gide, Edmond Jaloux, Roger Martin du Gard, Jean Schlumberger,
André Maurois, Pierre Viénot, Jacques Rivière, François Mauriac, Paul Valéry, Charles du Bos, André Malraux,
Paul Claudel, Antoine de Saint-Exupery, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, T.S. Eliot, Thomas Mann,
Heinrich Mann et Ernst Robert Curtius.
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Paul Desjardins (1859-1940) |
Anne Heurgon-Desjardins (1899-1977) |
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Le Centre culturel international de Cerisy-la-Salle
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Paul Desjardins meurt en mars 1940, son dernier fils en juin. Sa veuve et leur fille
Anne, après bien des hésitations, décident de conserver la propriété familiale de Cerisy. La part majoritaire
qu'elles détenaient dans la Société des Amis de Pontigny revient à l'Eglise, une partie de la bibliothèque est
vendue à Royaumont. Cela permet de commencer la remise en état du château de Cerisy, longtemps inhabité et ayant
beaucoup souffert de l'occupation de l'armée allemande et de la bataille des bocages en juillet 1944.
Dès 1946, l'ensemble du château et des dépendances est protégé comme monument " inscrit ". Poussée et soutenue par
les amis qu'elle avait connus à l'Abbaye, et qui souhaitaient voir revivre " l'esprit " de Pontigny,
Anne Heurgon-Desjardins organise d'abord quelques décades à Royaumont puis, les premiers aménagements terminés, parvient à ouvrir
le Centre Culturel en 1952, en donnant au château la même vocation que son père avait su donner à Pontigny.
La même année, est créée l’association des amis de
Pontigny-Cerisy. Elle assure la gestion du
Centre culturel
et la publication des actes des colloques.
(1) « Sur le Grand Banc, Pêcheurs de Terre-Neuve, Récit d’un ancien pêcheur »,
Préface de Paul Desjardins, Illustrations d’E. Yrondy, Paris, Edition de
l’Union pour l’action morale, 1905, in-16, 152 pages.
(2)Jules Lagneau
(1851-1894), ancien élève de l'École normale supérieure, mort fort jeune est surtout connu aujourd'hui par le
souvenir inoubliable qu'il a laissé chez ses élèves dont Alain. Ses cours et ses notes ont été recueillis après
sa mort par leurs soins. Alain a publié des Souvenirs concernant Lagneau. Disciple lui-même de Lachelier,
il insistait sur l'importance de la réflexion philosophique et il cherchait par la pratique de la méthode
réflexive à atteindre l'activité de l'esprit universel. Il eut un rayonnement considérable.
Biographie de Jules Lagneau
par Léon Lettellier
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