L'hommage aux combattants du maquis de Saint-Clair
"Beaucoup d'entre eux ont payé de leur liberté ou de leur vie la lutte qu'ils entendaient mener"
(Extrait de la lettre écrite par Jean Renaud-Dandicolle à
Londres avant d'être envoyé en mission en France en 1943)
Le monument de Saint-Clair (photo 2006)
Ce
monument a
été érigé en 1946 sur les terres de l'ancienne
ferme de M. et Mme GROSCLAUDE, qui a été
brûlée par les Allemands.
Il se trouve sur la D23, entre Bretteville / Laize et Pont d'Ouilly,
sur la commune de Donnay, au hameau de Saint-Clair. Il fut construit
avec les pierres de la ferme
détruite. La croix de Lorraine symbolise la Résistance
et la France Libre. Elle a été
érigée en granit de Saint-Sever (transporté par LENEVEZ) en 1946 à la
suite d'une souscription publique organisée par les anciens
Résistants regroupés en "Association du souvenir du
Souvenir du maquis de St-Clair", puis avec l'aide du comité du
Débarquement. Il a été construit par l'entreprise DAN. Le terrain sur lequel le monument a
été édifié fut
donné par le propriétaire suivant de la ferme. Le
monument fut inauguré le 6 juillet 1947.
Les auteurs du projet sont les architectes parisiens M.M. Guedy et
Marvie chargés aussi de la reconstruction de Falaise.
Les noms sur le monument (photo 2006)
Le monument fut
érigé en hommage à Maurice LARCHER,
Harry-John CLEARY, Jean RENAUD-DANDICOLLE, décoré
à titre posthume, qui composaient
l'état-major du maquis de Saint-Clair. S'y ajoutent M. et Mme
GROSCLAUDE,
fermiers, qui hébergeaient cet état-major. Tous
furent fusillés le 8 juillet 1944.
L'inauguration en 1947
La
cérémonie d'inauguration du monument eut lieu le 6 juillet
1947
et fut présidée par le colonel LEJEUNE, représentant du
général KOENIG alors retenu par ses fonctions de
Commandant en chef des Forces Françaises en Allemagne. L'inauguration eut lieu en
présence des plus hautes autorités du département
et la famille de RENAUD-DANDICOLLE, LARCHER et GROSCLAUDE. Le
général De Gaulle fut lui aussi invité mais ne put
pas venir. Il envoya cette lettre d'excuse.
Discours de LENEVEZ lors de l'inauguration en 1947
Décoration des rescapés du maquis en 1947
(dont LENEVEZ, MASSERON, LAMPERIERE, JOUSSET, DAN, HERICY...)
Les cérémonies depuis 1947 (photo 1998)
Beaucoup de
cérémonies se sont succédées au monument de
Saint-Clair depuis, toujours le premier dimanche de juillet. Le 8 juillet 1998,
M. Vico, ancien Résistant et M. Rémy, préfet de
Basse Normandie, ont assisté à la cérémonie. Au
cours de ces cérémonies, est évoquée la
mémoire des Résistants qui ont sacrifié leur vie
pour la liberté la France. Durant ces cérémonies, le discours de M.Vico insiste sur les leçons que nous devons
tirer des sacrifices des Résistants qui, pour certains, ont
payé de leur vie leur audace.
A chaque cérémonie, ont lieu :
- l'arrivée des autorités
- la Marche de la 2e DB
- allocution du président de l'union départementale des CVR et du préfet
- dépôt de gerbes
- recueillement
- Marseillaise, hymnes anglais et canadien
- Salut des autorités aux porte-drapeaux
Le maquisard de Mayenne qui avait récupéré le pilote CLEARY et qui l'avait transféré au
maquis de St-Clair n'a découvert qu'il avait été exécuté qu'en 1989,
lors d'une cérémonie au monument.
La lettre écrite par Jean Renaud-Dandicolle résume cet engagement
au service du pays et de la liberté :
Ce 11 novembre 1943 avant de partir pour une mission qui
comporte certains dangers, j'écris ces lignes à l'adresse
de ceux qui m'ont connu et particulièrement à ma famille
pour le cas où je ne les reverrais pas.
Après avoir été battue et
occupée, la France a vu dans la Résistance à
l'ennemi le seul moyen moyen de sauver son existence et sa
grandeur. Pour tout Français l'ayant compris, il ne pouvait plus
y avoir de repos. La lutte n'était pas le choix de quelques
esprits aventureux ni l'accomplissement de quelques devoirs pour des
consciences exceptionnelles. Elle était simplement le
réflexe naturel.
Quand le respect de la personne humaine, la foi de
Dieu, la dignité de la famille et sa liberté de
conscience étaient battus par une conception destructrice du
monde qui subordonnait tout à la puissance de l'Etat et cherchait
sa source dans l'orgueil et dans la haine, les Français
comprirent la nécessité finale de se battre pour
conserver leur civilisation.
Beaucoup d'entre eux ont payé de leur
liberté ou de leur vie la lutte qu'ils entendaient mener. C'est
dans le même but que je me suis engagé dans le combat
à mon tour dès la première heure.
Je dois ajouter que le sort m'a favorisé dans
des conditions particulièrement privilégiées
en tant qu'officier de l'armée régulière,
après avoir subi en Angleterre un entraînement militaire
dont tant de camarades restés en France auront dû se passer.
L'admirable ténacité que j'ai pu
constater de la part de la nation anglaise, la
détermination et l'absence de haine de son armée, m'ont
renforcé dans la certitude que nous ne devons pas demeurer en
arrière.
Je pense qu'un jour viendra où l'histoire
aura le droit de proclamer que la Résistance du peuple
français, son refus de collaborer avec l'ennemi, sa farouche
résolution contre l'envahisseur auront été d'un
même secours à la victoire que l'effort de guerre de
n'importe quel autre peuple allié. Aussi puis-je espérer
que vous me pardonnerez la peine que ma mort causerait à chacun
de vous, en considération des obligations supérieures de
la patrie.
Ce 11 novembre 1943 à Londres ,
Jean Renaud-Dandicolle, Lieutenant