Les actions du maquis de Saint-Clair
Les Résistants ont mené des actions différentes,
mais communes à celles des autres maquis de France.
Elles se sont surtout déroulées en 1944,
pour gêner
l'arrivée des renforts allemands vers les plages du
débarquement.
Premier type d'action : les parachutages
Le maquis de Saint-Clair qui venait de se constituer devait avoir
des armes. Un parachutage fut donc organisé pour le 18 mai 1944
vers 23 heures 30.
Annoncé par le message radio BBC "le cerf-volant tire
la ficelle", les maquisards se préparèrent à recevoir les
armes acheminées par un avion allié.
Les Résistants organisèrent une surveillance d'un des
seuls points allemands du
secteur situé prés du carrefour de Saint-Clair. Le
terrain était balisé avec les lampes de poche des
Résistants.
Le parachutage se fit près de la ferme Grosclaude. Les armes
furent aussitôt cachées dans des fagots de bois
près de cette
même ferme.
L'opération se déroula sans problème
grâce au sommeil des vigies allemands, qui devaient faire le guet
dans un belvédère construit à 500 mètres !
Les parachutages pouvaient être volumineux (19 containers, soit 5 à 6 tonnes pour celui du 3 juin 1944)
qu'il fallait cacher ensuite (dans des fagots à la ferme
GROSCLAUDE et les parachutes dans des puits). Il fallait aussi baliser le terrain dans
la nuit, sans se faire repérer, tout en montant la garde et alerter en cas de venue allemande.
Les envois contenaient des armes (dont les mitraillettes Sten), des
explosifs, des crève-pneus, des cigarettes, des vivres, de l'argent...
L'épouse d'André HERICY se fit une robe avec la soie des
toiles de parachute, ce qui était risqué.
Les dépôts d'armes étaient particulièrement vitaux
pour la Résistance locale car celui de l'abbaye d'Ardenne
n'était plus opérationnel .
Le champ à gauche (photo prise en 2006)
de la ferme des Grosclaude servait aux parachutages. Il faut noter que les bois étaient plus proches à l'époque.
Les armes et le matériel étaient camouflés dans de
grands fagots de bois, creux, aménagés avec des
étagères.
Second type d'action : sabotage
Le 5 juin 1944, dans la
soirée, la BBC envoya le message : "Le
champ du laboureur dans le matin brumeux".
Immédiatement, les Résistants
appliquèrent leurs plans d'attaques (armes, sabotages, attaques des
convois).
Un groupe, composé des LENEVEZ père et fils, des DAN
père (qui avait des compétences en explosifs) et fils, de
HERICY, se forma à la ferme des GROSCLAUDE. Il partit à
vélo vers la halte de Grimbosq vers 22 h. Il arriva
sur les lieux du sabotage vers 03 h.
DAN plaça les explosifs dans une courbe de la
voie ferrée Caen-Flers, à la halte de Grimbosq et
amorça la charge avec LENEVEZ.
Les autres membres de l'équipe, armés, protégeaient
les
artificiers en faisant le guet. Les détonateurs choisis
donnaient un temps de 5 minutes à ceux qui les amorçaient
pour aller se protéger.
L'opération fut parfaitement réussie : les
rails furent tordus et projetés sur plusieurs dizaines de
mètres.
Bien que les Allemands fussent alertés, les Résistants
réussirent à
venir constater les dégâts, à dormir et
manger à proximité puis à s'enfuir toujours
à vélo (porté à
l'épaule pour éviter toute trace). Ils rejoignirent
le bois de Grimbosq où ils
passèrent la nuit pour rejoindre Saint-Clair le lendemain soir.
Sur le chemin du retour, un soldat allemand est arrêté
(à qui le groupe donne l'ordre de s'enfuir) et un autre abattu.
Une autre équipe attendait sur l'autre rive de l'Orne,
pour remplacer le premier groupe en cas d'échec (ce que la
première équipe ne savait pas).
La voie de chemin de fer
sabotée se situe à proximité du pont sur
l'Orne, à la halte de Grimbosq,
que l'aviation alliée n'a pas réussi à détruire pendant la guerre (photo de 2006).
L'endroit choisi pour le sabotage, dans un endroit favorable (la vallée est très encaissée).
Il fallait placer la charge à la jonction des rails pour un maximum d'efficacité.
La même équipe a recommencé d'autres actions dès le lendemain.
Troisième type d'action : attaque de convoi
En début d'après-midi du 6 juin 1944, Jean RENAUD-DANDICOLLE vint faire une reconnaissance avec plusieurs
membres du maquis pour préparer une attaque éventuelle de
convoi allemand sur la départementale 134, dans le virage de cette route
à hauteur de l'étang de Meslay.
La route est aujourd'hui rectiligne, mais en 1944, elle passait
à droite, sur l'actuel parking derrière les arbres, en
formant un virage (photo de 2006).
Sur le talus de cette courbe, les Résistants avaient placé leurs armes. Il y avait plus d'arbres
à l'époque.
Une
dizaine d'hommes (dont FOUCU, DUREL, BERNIER, SEPULCHRE, JOUSSET, GUERIN) furent désignés pour cette embuscade,
répartis en cinq groupes de deux (l'un avait une mitraillette
Sten, l'autre des grenades). JOUSSET et BERNIER fils étaient
équipés d'un fusil-mitrailleur et se postèrent en
haut du
virage. Un autre disposait d'explosifs pour faire tomber les arbres sur
le convoi. Ils portaient tous des blousons américains, pour
faire croire aux Allemands que des parachutistes avaient
été largués et d'éviter des
représailles sur les civils. Dans la nuit du 6 et 7 juin, vers
23 heures, sous la pluie, le convoi allemand arrivant,
RENAUD-DANDICOLLE
donna l'ordre de tirer. Le convoi (qui cherchait sans doute sa route
pour monter vers le front des plages) fut immobilisé pendant une
heure,
plusieurs Allemands furent tués et blessés. Puis
ils se désengagèrent très vite en ordre
dispersé vers l'arrière dès les premiers tirs. Les Résistants réussirent à partir dans la forêt. Mais dans la
précipitation, Antoine SEPULCHRE se trouva coupé
du groupe et dut se cacher pendant plusieurs heures dans le lit d'un
ruisseau proche. Par chance et comme tous ses camarades, il rentra au maquis
indemne et il n'y eut pas de représailles.
Si le groupe n'avait pas tiré sur la voiture allemande de
tête (avec les officiers) et avait laissé passer une
partie du convoi avant de faire feu, les dégâts auraient pu être plus
importants. Une partie de l'équipe n'a même pas eu le temps de tirer.
Armes parachutées utilisées par les maquisards
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Armes anglaises
| Arme américaine
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Mitraillette STEN
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Fusil-mitrailleur BREN
| Carabine M1
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Un exemple d'échec
A la mi-juin 1944, la bataille de Normandie
mobilisait de plus en plus de
troupes allemandes qui transitaient dans la zone de Saint-Clair. Jean
RENAUD-DANDICOLLE décida de quitter Saint-Clair avec une quarantaine
d'hommes.
Ils
allèrent tous vers Moulin des Loges avec un stock d'armes
important transporté à dos d'homme ou sur des ânes
pour
installer une nouvelle base plus sûre. Mais cette zone
était abondamment pourvue
en troupes allemandes. Or, les maires du secteur étaient réticents à
l'installation de cette base par peur des représailles
allemandes.
Les maquisards durent se replier vers le maquis de Saint-Clair
(où il était peut être prévu qu'ils ne
restent pas),
mais l'ensemble du détachement fut accroché dans un bois
aux environs du château de Pierrefitte-en-Cinglais. Après
une brève fusillade, FAUCADEL fut blessé et resta
plusieurs heures caché ; il fut
ramené par des maquisards revenus sur les lieux chez un habitant
et soigné. Le groupe
perdit beaucoup d'armes et de matériel, mais
il fut récupéré à partir du lendemain.
Quatrième type d'action : renseignements, faux papiers et évasion
Comme dans les autres
réseaux, le maquis a fourni des renseignements (dont les sites
de V1 dans les carrières de Quilly et des Aucrais et les
mouvements des troupes allemandes pour qu'elles soient
bombardées) et des faux papiers, notamment aux
réfractaires du STO à partir de 1943 (une centaine de
bénéficiaires). Les renseignements partaient ensuite sur
Caen, puis Paris puis Londres.
On estime à une vingtaine le nombre d'aviateurs et de parachutistes alliés sauvés par le maquis.