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  [biographie]
Théodore Géricault
            Rouen, 1791 - Paris, 1824

Théodore Géricault
La Folle monomane du jeu
(détail)
1819-1824 ?

Une œuvre sauvage et longuement mûrie
Il existe de nombreux liens esthétiques entre le néoclassicisme de David et la génération romantique. Souvent réducteur, le discours de l’historien d’art a parfois considéré comme de la convention ce qui chez les néoclassiques était de la tension et de la passion maîtrisée. Et l’on a opposé les générations entre elles, considérant le courant romantique comme une révolte et un rejet de l’art classique. En fait, la réalité est plus nuancée. L’œuvre de Géricault, sauvage et longuement mûrie, réaliste et pleine de références en est un des meilleurs exemples.

Rubens, Gros et Prud’hon
Originaire de Rouen, Géricault est camarade de lycée de Delacroix et il s’inscrit tout d’abord chez Carle Vernet, célèbre peintre de chevaux et fils du paysagiste Joseph Vernet, qui a élevé le genre du paysage au niveau de la peinture d’histoire au XVIIIe siècle. Durant cette période, Géricault se passionne pour Rubens et les maîtres vénitiens, qu’il copie abondamment, mais aussi pour l’œuvre de Gros et de Prud’hon, deux peintres issus du néoclassicisme. Désireux de pousser plus avant sa formation, il s’inscrit dans l’atelier de Pierre-Narcisse Guérin, qui a déjà accueilli Delacroix, le paysagiste Paul Huet et les frères Scheffer.

Le choc italien
Ses premiers tableaux exposés au Salon de 1812, Officier de chasseurs à cheval de la Garde Impériale chargeant, et au Salon de 1814, le Cuirassier blessé, lui apportent de nombreux admirateurs dans la jeune génération. Il profite de ce succès, bien que n’ayant pas concouru pour le prix de Rome pour aller achever sa formation en Italie, où il demeure entre 1816 et 1817. L’Italie lui apporte, non seulement le choc de l’œuvre des génies de la Renaissance - et pour lui, plus particulièrement, de Michel-Ange -, mais aussi le spectacle de certaines scènes typiques, comme la célèbre course des chevaux barbes, lui inspirant un projet de grand tableau, qui ne verra jamais le jour.

Un réalisme sans concession
À son retour, il livre, pour le Salon de 1819, son chef-d’œuvre, Le Radeau de la Méduse. Plus tard, il continue à s’intéresser à la peinture des chevaux mais il se passionne aussi, avec une acuité morbide et une profonde lucidité, pour des études psychologiques d’un réalisme sans concession avec des portraits de fous, dont le musée du Louvre conserve un des plus intéressants exemples, La Folle monomane du jeu. Son souci exacerbé de réalisme guide ses quelques portraits, tels Le Vendéen ou Louise Vernet enfant, et quelques-uns de ses plus beaux paysages.
Par sa formation et son sens de la construction, par ses références classiques et son amour de David et Gros, Géricault se place comme un héritier des grandes traditions de la peinture, mais il sut enrichir son regard d’un réalisme absolu, d’une grande violence du regard sur la nature et d’un évident sens du mouvement qui le situent clairement comme un des premiers romantiques français.



texte Vincent Pomarède
© [Louvre.edu] 1999

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