Théodore Géricault La Folle monomane du jeu (détail) 1819-1824 ?
Une œuvre sauvage et longuement
mûrie Il existe de nombreux liens esthétiques entre
le néoclassicisme de David et la génération romantique. Souvent réducteur,
le discours de l’historien d’art a parfois considéré comme de la convention
ce qui chez les néoclassiques était de la tension et de la passion
maîtrisée. Et l’on a opposé les générations entre elles, considérant le courant
romantique comme une révolte et un rejet de l’art classique. En fait, la réalité
est plus nuancée. L’œuvre de Géricault, sauvage et longuement mûrie,
réaliste et pleine de références en est un des meilleurs
exemples.
Rubens, Gros et Prud’hon Originaire de Rouen, Géricault est camarade de lycée de
Delacroix et il s’inscrit tout d’abord chez Carle Vernet, célèbre peintre de
chevaux et fils du paysagiste Joseph Vernet, qui a élevé le genre du paysage au
niveau de la peinture d’histoire au XVIIIe siècle. Durant cette
période, Géricault se passionne pour Rubens et les maîtres vénitiens, qu’il
copie abondamment, mais aussi pour l’œuvre de Gros et de Prud’hon, deux
peintres issus du néoclassicisme. Désireux de pousser plus avant sa formation,
il s’inscrit dans l’atelier de Pierre-Narcisse Guérin, qui a déjà accueilli
Delacroix, le paysagiste Paul Huet et les frères Scheffer.
Le choc italien Ses premiers tableaux
exposés au Salon de 1812, Officier de chasseurs à cheval
de la Garde Impériale chargeant, et au Salon de 1814, le
Cuirassier blessé, lui apportent de nombreux admirateurs dans la jeune
génération. Il profite de ce succès, bien que n’ayant pas concouru pour le
prix de Rome pour aller achever sa formation en Italie, où il demeure
entre 1816 et 1817. L’Italie lui apporte, non seulement le choc
de l’œuvre des génies de la Renaissance - et pour lui,
plus particulièrement, de Michel-Ange -, mais aussi le spectacle de
certaines scènes typiques, comme la célèbre course des chevaux barbes, lui
inspirant un projet de grand tableau, qui ne verra jamais le
jour.
Un réalisme sans concession À son retour, il livre, pour le Salon de 1819, son
chef-d’œuvre, Le Radeau de la Méduse. Plus tard, il
continue à s’intéresser à la peinture des chevaux mais il se passionne aussi,
avec une acuité morbide et une profonde lucidité, pour des études psychologiques
d’un réalisme sans concession avec des portraits de fous, dont le musée du
Louvre conserve un des plus intéressants exemples, La Folle monomane du
jeu. Son souci exacerbé de réalisme guide ses quelques portraits, tels
Le Vendéen ou Louise Vernet enfant, et quelques-uns de ses
plus beaux paysages. Par sa formation et son sens de la construction, par ses
références classiques et son amour de David et Gros, Géricault se place
comme un héritier des grandes traditions de la peinture, mais il sut enrichir
son regard d’un réalisme absolu, d’une grande violence du regard sur la nature
et d’un évident sens du mouvement qui le situent clairement comme un des
premiers romantiques français.