Un artiste protéiforme Delacroix est-il un « pur classique », comme il se
définissait lui-même, aimant Raphaël tout autant que Rubens et s’inspirant
de Le Brun comme de Véronèse ? Ou bien fut-il un être tourmenté
et romantique, suiveur du réalisme et de la violence de Géricault,
génie solitaire créant dans la souffrance des tableaux violemment colorés ?
En fait, l’œuvre de cet artiste protéiforme est délicate à appréhender tant
elle est variée, parfois contradictoire, spontanée dans sa touche mais
longuement mûrie dans ses sources d’inspiration. Le musée du Louvre,
qui conserve une soixantaine d’œuvres de Delacroix, est sûrement
le meilleur lieu au monde pour comprendre son
œuvre.
Formation Enfant de Charles Delacroix, haut fonctionnaire de la Révolution et
de l’Empire, et de Victoire Oeben, fille du fameux ébéniste de Louis XVI,
Eugène Delacroix a été orphelin de père en 1805 et de mère en 1814.
En 1817, il entre dans l’atelier de Pierre-Narcisse Guérin, côtoyant
Géricault, les frères Scheffer ou le paysagiste Paul Huet. « Les hommes
supérieurs sont naturellement novateurs », écrit-il, se passionnant pour
les écrivains aimés des romantiques : Shakespeare, l’Arioste, Dante, Byron
et Gœthe. Parmi les peintres contemporains, il apprécie alors Gros, Géricault et
les paysagistes anglais, tels Constable et son ami
Bonington.
Chef de file de l’école
romantique Peu à peu devenu, avec ses tableaux
exposés aux Salons de 1822 (Dante et Virgile) et 1824
(Les Massacres de Scio), chef de file de l’école romantique,
l’adversaire d’Ingres et des classiques, Delacroix se lie avec toute une
génération : Stendhal, Hugo, Dumas, Mérimée, Chopin, George Sand, Barye ou
Delaroche. Son tableau de 1830, La Liberté guidant le peuple,
engagement politique pour la Révolution des Trois Glorieuses et l’avènement
de Louis-Philippe, resserre encore ses liens avec la génération
romantique.
Solides appuis politiques Disposant de solides appuis dans les milieux politiques, il
obtint de nombreuses décorations au musée du Louvre (Apollon vainqueur du
serpent Python, un plafond dans la galerie d’Apollon), à l’Hôtel de
Ville de Paris, au Sénat ou au Palais Bourbon. Il peint également de
grandes compositions historiques, telles la Prise de Constantinople par
les croisés et la Bataille de Poitiers (Paris, musée du Louvre)
ou la Bataille de Nancy (Nancy, musée des beaux-arts), trouvant
également ses sources d’inspiration souvent dans la
littérature.
Un artiste de référence Personnalité d’une rigueur et d’une honnêteté artistiques
parfaites, Delacroix est un des artistes de référence de son temps, par sa
liberté de facture, ses recherches sur la couleur et son sens de la
lumière. Lui-même, toujours en recherche de formes d’expression nouvelles,
a cependant trouvé dans l’œuvre des grands peintres classiques des exemples
qu’il sait adapter aux enjeux esthétiques de son époque.